MARNE LA VALLÉE : VILLE NOUVELLE

A partir du début des années 1950, Paris doit faire face à une démographie galopante. Chaque année, près de 150 000 nouveaux résidents viennent s'installer en banlieue (la petite couronne). La situation est critique. Avec 150 kilomètres seulement de voies urbaines et un réseau de transports inadapté, les déplacements deviennent impossibles. Pis encore est la situation du logement. Vétusté et surpopulation sont la norme. Aux portes de la capitale, des dizaines de milliers de personnes vivent dans des bidonvilles dans des conditions de vie difficiles à imaginer de nos jours. C’est durant le rigoureux hiver de 1954 que l’Abbé Pierre va lancer son célèbre appel. Depuis la fin de la guerre, la croissance urbaine s'effectue sans aucune logique globale de déploiement. Et les prévisions démographiques ne laissent pas entrevoir une amélioration de la situation. En 1962, le recensement prévoit à terme une explosion de la démographie parisienne. En raison de l'arrivée à l'âge adulte de la population d'après-guerre (les enfants du "baby boom"), de l'exode rural et de la décolonisation, la courbe démographique doit, d'ici l'an 2000, effectuer un bond de plus de 60%. L'Etat s'engage alors dans une politique volontariste de réorganisation de la région parisienne (et des autres grandes métropoles régionales connaissant le même problème) et crée les villes nouvelles.
« Cette banlieue parisienne, on ne sait pas ce que c'est ! Delouvrier, mettez-moi de l'ordre dans ce b….l », tonne le Général de Gaulle à l'attention de Paul Delouvrier 1, grand commis d'État et futur père des villes nouvelles « à la française » 2 Celui-ci va s'atteler à la tâche et, rapidement, il élabore un plan d'aménagement du territoire de la région parisienne. Son objectif prioritaire : maîtriser l'explosion démographique qui guette Paris. L'État crée le District de la région de Paris, un établissement public chargé de l'aménagement des 3 départements qui forment alors l'agglomération parisienne : la Seine, la Seine-et-Oise et la Seine-et-Marne. En 1965, le Schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme (SDAU) délivre ses premières conclusions. Il décide d'aménager la grande banlieue parisienne : c'est la naissance officielle des villes nouvelles françaises. Leur spécificité : être régies par deux structures : un Syndicat d'agglomération nouvelle (SAN) et un Etablissement public d'aménagement (EPA).
Les cinq villes nouvelles qui voient le jour autour de Paris (Cergy-Pontoise, Saint Quentin en Yvelines, Evry, Marne-la-Vallée et Melun-Sénart), sont d'emblée conçues comme des cités innovantes, des « villes à la campagne ». Le défi lancé aux aménageurs est de taille. Il s’agit de bâtir, sur une génération, des villes de 500.000 habitants 3 à partir de communes préexistantes.

A Marne la Vallée, pour faire face à une telle mission, l'Etat met en place, en 1972, l’Etablissement Public d'Aménagement de Marne la Vallée (EpaMarne) 4 dont la charge est d'acheter les terrains, d'y faire construire habitations et commerces, tout en respectant une logique d'aménagement. Face à l’Etat représenté par L’Epa, les collectivités sont, par secteurs de développement, représentées de différentes manières 5
Avec maintenant près de 35 ans de recul, il apparaît nettement que c’est, sans conteste, « Marne la Vallée »,(si l’on excepte «Senart» qui ne sera jamais une ville nouvelle au sens originel du terme) qui est la plus réussie de toutes. Aujourd’hui encore, elle se développe toujours avec un solde migratoire positif et il ne fait guère de doute que ce succès est, pour une grande partie, du au bénéfice tiré de l’expérience de ses aînées et, de fait, en évitant leurs erreurs. Au premier rang de celles-ci, il faut citer l’absence de moyens de communication cohérent. « L’ouest américain du siècle dernier et l’Est parisien d’aujourd’hui ont une similitude : on a d’abord fait passer le chemin de fer avant de construire ! » Cette comparaison « pionnière », attribuée à M.Poulit, alors Directeur Général d’Epamarne, illustre, par delà son humour apparent, cette évidence que seule la qualité des moyens de communication détermine l’attractivité d’un endroit . Un bon sens quelque peu perdu de vue à Cergy, Evry ou, dans une moindre mesure, à Saint Quentin. A Marne la Vallée, la densité des infrastructures de communication est sans commune mesure avec celles de ses aînées. Que ce soit en termes de routes (autoroutes A4, A 104) ou de transports collectifs (ligne A du RER avec 9 stations situées entre 20 et 50 minutes du centre de Paris, gare TGV de Chessy). Au second rang des erreurs (presque évitées) figure le choix d'options d'urbanisations privilégiant l'intégration dans un environnement préexistant et non une « leçon » d'architecture pour le plaisir d’une poignée d'intellectuels faisant fi du passé. Certes tout n’a pas été parfait et quand on voit, à Noisy le Grand, les Arènes de Picasso comme le Théâtre de Boffil (palais des courants d’air) ou le quartier de la place des Rencontres à Torcy, force est de constater que les rêves des architectes sont, parfois, à mille lieues de ce qui peut faire la convivialité d’une ville ou d’un quartier.
Pour éviter ces « loupés », Gérard Jeffray, ancien Maire de Torcy, proposait, non sans malice, « d'obliger les architectes à habiter ce qu’ils imaginaient ! » Mais en dehors de ces quelques exemples, on peut généralement parler pour Marne la Vallée, d'une urbanisation douce, essayant d'offrir un mélange équilibré d'habitats individuels et collectifs à destinations de toutes les couches sociales. Il faut quand même ajouter que cette vision globale appelle des nuances.
En particulier, peut-on dire que cet aménagement « à marche forcée », conçu de manière linéaire sur une vingtaine de kilomètres d'ouest en est, a su mettre en place une qualité de vie homogène, entre la rive sud de la Marne et l'autoroute A4, depuis un secteur de banlieue ancienne proche de Paris (Noisy-le-Grand) jusqu’aux espaces ruraux qui accueillent aujourd'hui le parc d'attraction de Disneyland ? 
Cette multi-polarisation organisée en chapelet le long des stations de la ligne du RER A, se caractérise par des situations contrastées entre les secteurs 1, (« Portes de Paris » composées de Noisy le Grand, Bry sur Marne et Villiers sur Marne) et 2 (« Val-Maubuée » composé de Torcy, Noisiel, Champs sur Marne, Lognes, Emerainvilles et Croissy Beaubourg), qui sont à l’origine du développement et connaissent un net ralentissement, et les secteurs 3 (« Val de Bussy ») et 4 (« Val d’Europe » composé de Chessy, Coupvray, Serris, Magny le Hongre et Bailly Romainvilliers) qui sont en forte croissance.
Ainsi, les communes importantes des secteurs d'urbanisation ancienne ont un solde migratoire négatif et un parc croissant de logements vacants. En résumé, la ville nouvelle offre un paysage diversifié, partagé entre des espaces dont l'urbanisation est quasi-achevée (et où se posent désormais des problèmes de solidarité et de renouvellement urbains) et des espaces en plein développement dont les réserves foncières sont considérables.

1 Né le 25 juin 1914 à Remiremont (Vosges), Paul Delouvrier est major de l'Inspection des Finances en 1941. Résistant, en novembre 1944 il devient directeur de cabinet de René Pleven, ministre des Finances. Après un passage au Commissariat au Plan, il réoccupe le poste au cabinet de René Mayer en 1947 et en 1951, avant de devenir le directeur financier de la CECA en février 1955. Nommé en décembre 1958, délégué du Gouvernement en Algérie par le général de Gaulle, il y affronte la "semaine des barricades" en janvier 1960. Revenu en métropole, il devient délégué général du district de la Région parisienne, qu'il modernise de 1961 à 1969, et dont il est préfet après 1966, vice-président de l'Aménagement du territoire. Président d'EDF de 1969 à 1979, il prend ensuite en charge l'établissement public du parc de la Villette jusqu'en 1984. Il meurt à Provins le 16 janvier 1995. (biographie extraite du site http://charles-de-gaulle.org
2 Les premières villes nouvelles ayant été « anglaises », il convenait, avant tout d’affirmer notre spécificité !
3 Cet objectif initial fut, au fur et à mesure, ramené à de plus justes proportions et divisés par deux
4 En fait, sur Marne la Vallée, l’Etat a créé deux de ces établissements. Le premier, EpaMarne, intervient sur un périmètre de 12 000 hectares, couvrant les 21 communes des trois premiers secteurs. Le second, EpaFrance, intervient sur les 3 200 hectares du secteur 4. Il a été créé en 1987 pour répondre à la situation particulière née du projet de la société Eurodisney (parcs d’attraction, hôtellerie, mais aussi centre commercial, bureaux, logements du Val d’Europe), qui constituait un partenaire exceptionnel pour l’aménageur public

Pour en savoir plus, voir le site http://www.marne-la-vallee.com/

5 Du côté des collectivités locales, au nombre total de 26 communes, les situations sont variées d’un secteur à l’autre. Dans le secteur 1 dit « desPorte de Paris », les trois communes concernées sont associées à la ville nouvelle pour deux d’entre elles (Noisy-le-Grand, Villiers-sur-Marne). Le secteur 2 répond mieux au visage habituel des villes nouvelles avec 6 communes regroupées dans un Syndicat d’Agglomération Nouvelle, le SAN du Val-Maubuée (http://www.san-valmaubuee.fr ). A l’inverse, le secteur 3 dit du Val de Bussy est peu organisé et une seule des 12 communes concernées, Bussy-Saint-Georges, est constituée en “ agglomération nouvelle ”, tandis qu’une seconde, Montévrain, est simplement associée. Enfin le secteur 4 ou “ Val d’Europe ” intéresse 5 communes qui se sont fédérées dans le SAN des Portes de la Brie (http://perso.club-internet.fr/sallet/Reperes/SAN.html  )